Hélène vient de nous envoyer son récit de cette expérience et nous souhaitons vous le livrer tel quel.

"Vivre un mois à l’orphelinat a été une expérience de vie incroyable au-delà de l’expérience théâtrale. J’ai eu la chance de pouvoir approcher au plus près le quotidien des indiens et surtout d’apprendre énormément de ces enfants.
J’espère leur avoir donné autant qu’ils m’ont donné.
La maison qui les loge est située dans un quartier calme de Madurai. J’ai aimé marcher sur la terre rencontrant des vaches, des chèvres, des poules sur mon chemin, les habitants qui me saluaient amicalement et me regardaient avec curiosité. J’ai aimé les petites échoppes de rue qui vendent de tout et de rien et où j’allais boire mon chai quotidien.
Dès que je revenais, les enfants m’appelaient « Kelen, Kelen, come ». Ils sont d’une énergie hors du commun et respirent la joie de vivre.
La vie est bien organisée dans cette petite communauté. Les plus grands prennent en charge les petits et veillent à ce que tout se passe bien. Tamil Selvi tresse d’une main énergique les cheveux des plus jeunes. Elles sont toutes impeccables dans leurs uniformes d’écolières.

Les garçons font les beaux dans des pantalons pattes d’eph très seventies et une mèche bollywoodienne.

C’est « fashion » me disent-ils. Les filles servent les repas que nous prenons ensemble assis par terre en mangeant avec les doigts. Sensation particulièrement agréable.

Venons-en au but de ma venue à l’orphelinat. Mener un atelier théâtre avec ces enfants n’a pas toujours été évident. J’arrivais avec ma culture européenne et une vision des choses si différente de la leur. Il fallait aussi surmonter la barrière de la langue et je dois dire que j’ai amélioré mon langage des signes !

Nous avions deux temps de travail dans la journée, 1h30 le matin et 1h30 l’après midi. C’était le maximum que leur attention pouvait supporter.

Je commençais par un échauffement physique qui les a beaucoup déroutés et amusés dans un premier temps. Ils avaient l’air de se demander quelle idée farfelue passait par la tête de cette française. Suivaient des jeux de groupes puis des improvisations. Il fallait que je montre à chaque fois, l’éducation indienne est beaucoup basée sur la répétition et le mimétisme.

Et nous avons donc joué les gros, les timides, les peureux, les tristes, les top models. Quand j’ai sorti les nez de clown, ils se sont encore demandé quel était ce truc puis se les sont vite appropriés.

De jour en jour, nous avons construit le petit spectacle, du jeu silencieux sur des musiques. Il a fallu lutter pour obtenir de la concentration et leur demander d’éviter de tout commenter à très très haute voix !

J’ai découvert une autre facette des indiens du sud qui finalement sont très méditerranéens, ambiance bruyante, musique à fond, danses endiablées.

La veille du jour J, les filles cousent de beaux rideaux pour délimiter la scène. L’art de faire des choses magnifiques avec trois fois rien.

Les préparatifs ont duré toute la journée, décoration de l’orphelinat, chaises pour les spectateurs, lampes à huile et petite table sur laquelle sont déposés un bol de sucre en gros grains, de la poudre rouge et un petit encensoir afin d’asperger d’eau les invités en guise de bienvenue.

Ils ont tous revêtu leurs plus beaux habits et les filles ont lâché leurs magnifiques cheveux.

18h, nous attendons les premiers spectateurs, personne, 18h30 personne. La tension commence à monter, je sens les enfants un peu désemparés. Quand à moi, je suis anxieuse. Et si on avait préparé tout ça pour rien ?

Et puis à 19h45, ils arrivent et le préau se remplit en moins de deux. Des femmes et des enfants du quartier. J’avais oublié la légendaire « ponctualité » indienne ! Le spectacle commence, les enfants donnent leur maximum malgré quelques traversées inopinées de la scène. Je n’oublierai jamais cet instant, le sentiment de vivre quelque chose d’unique et de précieux.

Les enfants viennent me voir « Happy, happy ? » « Yes, very, very happy ».

Ainsi se termine l’aventure. J’espère que je reverrai ces enfants si vifs et si attachants."